Enseigner à l'étranger, comment faire ?
- A.
- 15 févr. 2020
- 6 min de lecture
Dernière mise à jour : 17 sept. 2020

Cela fait au moins 2 ans que nous réfléchissons avec mon conjoint à l’expatriation. Depuis que j’ai passé le concours en 2016, je rêve de partir enseigner à l’étranger. L’idée a d’abord débuté dans ma tête par une folle envie de voyages, de découvrir le monde, de l’explorer. Puis petit à petit, après quelques temps passés dans l’Education Nationale, c’est devenu une réelle envie de quitter ce système qui m’oppresse, qui me blesse et qui à force, entrave un peu chaque année ma motivation à enseigner, ma passion de toujours.
Alors cette année je pars, envers et contre tout. J’ai fait ma demande de disponibilité pour convenances personnelles et je suis embauchée dans une commission scolaire québécoise à Montréal. Et je bosse, je bosse, je bosse en plus de tout ce que je travaille déjà pour l’école pour mettre de côté et réaliser mon rêve !
Beaucoup me posent des questions : comment as-tu fait ? comment ça marche ? c’est quoi une disponibilité ? Est-ce que tu perds ton poste en France si tu pars ?
Dans cet article, je vais vous expliquer en détails quelles sont les démarches pour partir 1 an, 2 ans, 5 ans ou bien toute une vie et les différentes possibilités existantes. Je vais essayer d’être concise, mais c’est tellement compliqué, que je vais tenter de ne pas me perdre dans de longues explications sans sens.
Puis dans un autre article, qui viendra juste après celui-ci, je vous parlerai de MON expérience, comment j’ai trouvé ce poste au Quebec, comment j’ai été embauchée, quelles sont les démarches et qu’est-ce qui m’attend à peu prés là-bas. Sachant que les commissions scolaires de Montréal sont en pénurie d’enseignants pour les 5 prochaines années au moins, si certains veulent suivre mes traces, cela vous guidera un peu.
Alors, comment partir ? Avec ou sans l’EN, détachement, dispos, démission, j’explique TOUT.
ღ L'AEFE, la valeur sûre :
Pour ne prendre aucun risque, vous pouvez partir avec l’AEFE qui est un réseau d’écoles françaises homologuées à l’étranger en lien avec l’Education Nationale. Il y a différents types de contrats et la campagne de recrutement se fait début janvier sur le site de l’AEFE.
Cette méthode est sûre car vous restez en poste dans l’EN, vous touchez des primes sur votre salaire à l’étranger et vous partez avec un détachement.
L'avantage c'est que vous percevez votre salaire français à l'étranger, plus une prime, ce qui fait que par exemple sur le continent africain, vous pouvez facilement devenir le roi du pétrole.
Qu'est-ce qu'un détachement ?
Le détachement permet de garder son avancement : vous continuez de cotiser pour la retraite (enfin on se demande si ça en vaut la peine à présent… ) et vous avancez dans les échelons, toutefois vous perdez votre poste actuel.
Pour les contrats AEFE, qui sont bien évidemment très prisés, il faudra s’armer d’une grande grande patience, surtout pour certaines destinations qui sont très demandées.
De plus, de nombreuses académies en France commencent à être déficitaires en professeurs des écoles, donc il faut maintenant batailler pour obtenir le détachement… ce qui n’était pas le cas auparavant. Même si en général, la bataille se finit par « ok vous pouvez partir mais pas trop longtemps."
Il existe d’autres organismes semblables à l'AEFE qui sont aussi affiliés à l'EN comme la MLF qui fonctionnent à peu prés de la même manière. Il existe aussi des échanges de postes : échanges franco-québécois, échanges franco-allemand pour une durée de 1 an. Pour l'échanger franco-québécois, 20 personnes sont sélectionnées par an, c'est peu...
ღ Le contrat local, la grande aventure :
Le contrat local, c’est la possibilité d’enseigner dans n’importe quel pays par une candidature spontanée. Des groupes Facebook comme « enseigner à l’étranger » sont très utiles pour avoir des avis sur les écoles, sur le début des candidatures de recrutement, pour lire certaines annonces et certains recruteurs viennent même chercher des enseignants sur le groupe.
Il est aussi possible de passer par le site enseigner à l'étranger.com qui propose une multitude d’offres avec des campagnes de recrutement qui peuvent commencer en décembre.
En contrat local, vous pouvez donc travailler dans des lycées français (écoles primaires, collèges, lycées dans un même établissement), mais aussi dans des écoles bilingues si vous disposez d’un bon niveau d’anglais.
Pour certains pays, la sélection est assez stricte, on demande d’avoir le C2i2e, d’être bilingue ou d’avoir une certification en langues, enfin voilà tous ces trucs chiants qu’on nous demande à l’ESPE… ces choses pour lesquelles on s’était dit « bof ça sert à rien », ben là ça sert ! Certains pays demandent aussi d’avoir fait une licence spéciale en psychologie par exemple. Les cas sont très divers ! Il faut prévoir un CV, une lettre de motivation, un rapport d'inspection, une lettre de recommandation et parfois d'autres documents qui montrent que vous faites la différence par rapport aux autres candidats.
Les 2 problèmes que posent le contrat local sont les suivants :
- la précarité du contrat
En effet, dans certains pays ce sont les parents qui sont décisionnaires pour l’école. Si vous n’êtes pas à leur goût, vous pouvez sauter à tout moment.
De plus, le salaire est assez aléatoire, il faut donc bien faire attention et bien se renseigner sur le coût de la vie. Il vous faudra donc faire une grande enquête avant de signer un contrat.
Certains enseignants trouvent des contrats locaux très interessants avec l’équivalent de 2500e dans des pays d’Asie, mais dans certains pays, 2500e ce n’est rien…et puis parfois on vous propose un salaire à peine plus interessant qu'en France aussi... c'est dire...
Le deuxième soucis c’est d’obtenir :
- une mise en disponibilité
Bon du coup, qu’est-ce que c’est ?
Une disponibilité c’est la possibilité d’avoir une pause dans la carrière pour monter un projet, élever un enfant, suivre un conjoint, partir bosser ailleurs que dans l’EN pour une raison ou une autre. Contrairement au détachement, on ne gravit aucun échelon pendant une dispo et on ne cotise plus non plus. Vous ne percevez pas de rémunération bien évidemment et vous perdez votre poste à titre définitif.
Elle peut comme le détachement, être renouvelée
Dans l’EN, il existe les disponibilités de droit qui sont accordées à chaque fois et que l’EN ne peut pas vous refuser :
Les dispos de droit pour :
-suivi de conjoint (votre conjoint a un contrat qui indique qu’il doit partir loin en France ou loin à l’étranger)
- élever un enfant de moins de 8 ans
Il y en a d’autres mais qui concernent des situations bien plus particulières : se rendre à l’étranger pour adopter un enfant, donner des soins à un conjoint malade ou handicapé.
Sinon, si vous voulez partir à l'étranger, mais que vous n'avez ni enfants à élèves, ni conjoint avec un poste à l'étranger... et bien pour partir
l vous faudra demander la disponibilité pour convenances personnelles et là… c'est le DRAME.
Oui, si je vous parlais de bataille pour le détachement dans certaines académies, et bien, pour la disponibilité pour convenances personnelles dans certaines académies c’est plus radicale... on vous dit direct que ce n’est plus accordé car l’académie est déficitaire…
Donc, si vous voulez vraiment vraiment partir à tout prix.. c’est le recours, puis la démission.
Drastique non ?
D’autres académies sont plus conciliantes, elles accordent les dispos mais pour un an seulement… Pour savoir si votre académie est déficitaire ou non, contacter les syndicats.
Et le budget pour tout ça ?
Dernière chose de l’article parce que ça commence à être long.
Pour partir, il faut prévoir un budget, un sacré budget parfois. Et oui un projet ça se prépare et il faut penser à tout.
Il faut penser à cotiser à la CFE pour l’assurance et la caisse des retraites et ça représente parfois plus de 100e par mois pour certains profils, il faut penser à la mutuelle sur place, aux frais de scolarité des enfants si on en a. Il faut penser à l'assurance voyage obligatoire, aux billets d'avion, au loyer et logement, certains pays demandent de payer directement la location à l’année, donc d’avancer tous les loyers.
Bref, je ne vais pas tout vous dérouler, mais il faut prévoir 4000e minimum par personne pour un couple sans enfant, et bien plus avec enfants. Pour certaines destinations il faudra moins, pour d’autres beaucoup beaucoup plus : je pense aux USA par exemple.
Parfois, certains frais sont pris en charge par l’employeur.
Alors vous partez ?