J'ai travaillé 1 an en école internationale. qu'est-ce que c'est ?
- mestressesdecollent
- 8 juil. 2021
- 9 min de lecture

Je commencerai mon article en disant simplement que j’ai clairement passé une de mes plus belles années d’enseignante au sein de cette école, qui m’a énormément appris sur tous les plans, mais notamment sur la pédagogie de projets. J’ai eu la chance de faire partie d’une famille (équipe école) incroyable le temps d’une année et d’une 2eme famille, ma classe et mes élèves extraordinaires.
Je pense que cette école a définitivement changé ma vision de l’enseignement et m’a fait énormément évoluer en tant que femme, mais aussi en tant que personne.
Mes premières impressions avant d’y mettre les pieds :
Je me souviens bien du coup de fil de la RH « Alexia, il y a un poste pour toi en école internationale, tu verras ça va être super ! »
Je raccroche tout excitée, puis premier tilt : international ?
Attendez super, mais pas sûr que ce soit pour moi au final… je ne suis pas bilingue….
Je cours donc voir sur internet ce qu’est rapidement une école internationale, et en fait, ben je me rends vite compte que ça n’a rien à voir avec l’anglais ou même les langues en générale, enfin si un tout petit peu, mais on en parlera après.
Je commence à lire qu’une école internationale est une école qui comporte en plus du programme scolaire du ministère, le programme IB. Ce programme a pour objectif de faire des élèves de meilleurs citoyens en développant les qualités du profil de l’apprenant qui guident l’élève du préscolaire jusqu’à la 6eme année. Les qualités du profil sont aux nombres de 10 et elles peuvent être intégrées aussi bien dans la vie de classe, que dans les apprentissages.
Je vous mets l’image juste en dessous.

Les apprentissages du programme IB sont articulés autour de 6 grands thèmes, qui s’articulent ensuite en 6 gros projets par année, qu’on appelle les modules.
Mes premiers avis sont que ça a l’air vraiment super, mais que ça a surtout l’air très utopique.
Une école avec des élèves altruistes et réfléchis, des élèves intègres et audacieux.
Je ne sais pas si vous avez vu le film « divergente », mais clairement ça m’a fait pensé à ça.
En réalité, je ne voyais pas bien comment cela pouvait s’appliquer réellement en classe, ce qu’on pouvait faire pour developper tout cela chez l’enfant et surtout si ça changeait vraiment les choses et les élèves…
C’est donc en étant dubitative que je fais mes débuts dans l’école.
Je précise parce que m’on l’a beaucoup demandé sur instagram, oui c’est une école publique.
Bon sinon, c’est quoi la définition exacte selon l’IB d’une école internationale ?
Le programme IB met tout en œuvre pour former des élèves capables de bâtir un monde meilleur dans un esprit d’entente mutuelle et de respect interculturel, et qui auront soif d’apprendre et de réussir.
Les cadres pédagogiques des programmes de l’IB sont parfaitement compatibles avec les programmes nationaux à tous les niveaux. Plus de la moitié des écoles du monde de l’IB sont publiques.
Les programmes de l’IB se distinguent des autres programmes d’études pour les raisons suivantes :
• ils encouragent les élèves à réfléchir de manière critique et à remettre en question les informations qui leur sont exposées ;
• ils incitent les élèves à s’intéresser à la fois à leur environnement local et international ;
• ils sont indépendants des gouvernements et des systèmes nationaux et peuvent donc intégrer les meilleures pratiques issues d’un éventail de cadres pédagogiques et de programmes d’études internationaux.
Si jamais vous êtes intéressés, je vous mets le lien du site de l’IB ici.
Et en vrai dans l’école ça donne quoi ?
Dans l’école, ça donne un énorme travail de coopération et de collaboration entre tous les niveaux. Ça donne un coordonateur IB qui doit articuler tout le travail et se charger de faire des formations aux nouveaux arrivants.
Ça donne une salle de travail entière dédiée à l’école internationale remplis de tableaux de projets, de plans de travail, de programmation, d’auto collants avec les qualités du profil etc… il y a aussi les concepts, les savoir faire, les affiches en lien.
Ça donne deux matinées de libérations par mois (c’est à dire que l’école paie un remplaçant pour 2 matinées par mois pour te remplacer en classe) pour avoir 3h de libérer pour travailler avec tes collègues de niveau sur les modules (projets).
Bon honnêtement, c’est clairement tout un monde et il m’a fallu un bon mois pour tout m’approprier et comprendre le fonctionnement, alors je vais essayer d’être concise et d’aller droit au but.

Concrètement dans une classe, qu’est-ce que cela change?
Ça implique déjà que l’enseignant perd toute sa liberté pédagogique sur les projets. J’ai toujours adoré travaillé en projets, mais c’est vrai que c’est moi qui les choisissait. Là, je n’ai pas eu le choix, mais waouh quelle belle découverte. Je pense que j’ai adoré découvrir les projets tout autant que les élèves.
Toutefois, j'ai pu garder ma liberté pédagogique en maths, en français etc…
Les projets, ça se prépare. Puis comme en vrai, ça fait des années que l’école roule, les projets sont sur pieds depuis longtemps, il faut donc plutôt se les approprier de A à Z , plutôt que les préparer intégralement. Pour chaque projet, j’avais un GROS classeur de document avec tous les documents importants pour 1 mois et demi.
La chance, c’est que selon le niveau de classe, ils restent identiques. Exemple : en 1ere année on fait 6 projets et c’est toujours les mêmes, en 3eme année, on fait 6 projets et c’est toujours les mêmes. L’élève, chaque année a 6 projets différents. Ce qui fait que lorsqu’il sort de l’école internationale, il s’est impliqué dans 42 projets différents visant à le faire réfléchir, créer, chercher, coopérer sur des thèmes mondiaux.
Il n’ya que l’enseignant qui refait toujours les mêmes projets s’il reste sur le même niveau, ça peut être un confort, comme un inconvénient. Par contre, pour les nouveaux enseignants, c’est une autre paire de manche, ça demande beaucoup d’investissement et de souplesse.
Toutefois, ces projets sont toujours inscris dans la même trame.
Ils sont crées à partir des 6 thèmes du programme IB inspirés des contextes mondiaux. Cette trame est reprise chaque année dans chaque niveau. De cette trame découle tous les projets par niveau.
1) Qui nous sommes ?
2) Où nous nous situons dans l’espace et le temps
3) Comment nous exprimons nous ?
4) Comment nous nous organisons ?
5) Le partage de la planète
6) Comment le monde fonctionne-il
Parlons des modules (projets) pour mieux comprendre :
Minute papillon, c’est pour cela, je crois que j’ai mis du temps à écrire cette article car je savais que ça allait me prendre vraiment du temps de tout expliquer.
Cela donne donc 6 modules (projets) sur l’année de 4eme. (CM1 en France).
Les projets durent environ 1 mois et demi, ils développent à chaque fois 2 ou 3 qualités du profil de l’apprenant, ainsi que des compétences sociales, de pensées et de communications.
Je n’ai pas eu la chance de faire le premier projet avec les élèves, mais j’ai pu faire les 5 autres.
Premier module :
Le premier projet que l’on a fait était à partir du grand thème commun à toutes les écoles IB « où nous situons nous dans l’espace et le temps ? ». Ce module-ci était lié au programme d’histoire du ministère. Nous sommes partis à la découverte de la Nouvelle France et pour cela, mes élèves ont été chercheurs, puisqu’ils devaient en tâche finale présenter un personnage historique de la Nouvelle France sous forme de google slide (diaporama).
Les élèves ont donc du faire des recherches : les recherches se font en classe, mais aussi à la maison, puis ils ont du apprendre à manier l’outil informatique à l’aide des chromebooks.
Et là j’ai été super étonnée, rendu en 4eme année, mes élèves étaient déjà super autonomes sur les recherches, mais aussi sur l’utilisation de l’ordinateur.
23 ordinateurs et 23 élèves calmes, concentrés sur leur objectif. Je me souviens de mes heures d’enfer en CM2 en France quand ils étaient sur tablettes, même à 14 en demi groupe, ils étaient clairement ingérables.
Je vous raconte de manière succincte, mais il s’agit d’un mois et demi de travail très bien ficelé dans lequel l’élève est acteur de l’apprentissage
Rôle de l’enseignant pendant le module :
Pendant le module (projet), l’enseignant a un rôle de guide auprès des élèves. Les élèves sont acteurs de leurs apprentissages et l’enseignant est là pour apporter des pistes complémentaires, apporter son point de vue, ses idées, accompagner et soutenir les élèves.
Au début du projet, les élèves reçoivent une fiche qui est leur fiche d’auto évaluation, tout au long du projet, ils doivent évaluer les compétences à travailler davantage, ils peuvent y exprimer leur fierté, écrire comment ils ont été « chercheurs » et comment ils peuvent s’améliorer pour être « chercheurs » si c’est la qualité du profil travaillée.
A la fin, les parents signent cette feuille et peuvent écrire un mot pour encourager leurs enfants et noter ce que le projet a apporté de positif aussi à la maison dans la vie quotidienne.
Le 2eme module était autour de « comment nous nous organisons », nous avons vu comment et pourquoi les premiers jeux de société ont été inventés, puis les élèves par groupe de 3 ou 4 ont du créer un jeu de société avec des matériaux recyclés et ont écrit eux-même une règle de jeux.
Une fois de plus, j'ai été bluffée par les réalisations des élèves. Autant vous dire que les moments de l’emploi du temps dédiés aux projets étaient les moments où j’avais les élèves les plus impliqués et autonomes. (du monde, oui presque)
Parfois, on peut penser que projet peut rimer avec gros bordel.
Sauf que là on est dans une école où les enfants travaillent de cette manière depuis la maternelle, les projets les stimulent et même les élèves qui disent ne pas aimer l’école ou qui sont plus en difficultés sont à la tâche. Moi qui pensait cela idyllique, j’ai trouvé ça merveilleux, non ce n’était pas idyllique, c’était réel.
Evidemment, cela fonctionne si bien parce que l’école est installée depuis des années, les collègues ont fait un travail remarquable au fil du temps et l’école respire donc un air de coopération et d’altruisme.

(un des jeux crée par les élèves)
Et au fond qu’est-ce que ça change ? comment sont les élèves ? Sont-ils vraiment différents ?
En 5 ans d'enseignement, grâce (à cause) des postes de TRS (partageantes), des écoles, j'en ai fait 7 et l'école internationale est la 8ème sur ma liste. J'ai donc vu pas mal d'écoles, mais par contre des élèves comme ça, JAMAIS. Non seulement, ce sont des élèves qui sont capables de travailler en groupe sereinement, de travailler par projets, de réaliser des choses formidables et qui se surpassent, mais ce sont aussi des élèves avec de très belles qualités humaines, capables de réflexion sur leurs actes, de prendre du recul, de s’auto évaluer et de réfléchir sur le monde.
Je pense que c’est là où l’IB prend tout son sens. Oui, les élèves sont tellement stimulés qu’ils sont capables de comprendre des enjeux planétaires et de proposer des solutions à leur échelle et avec leurs yeux d’enfants.
Les points négatifs :
Est-ce qu’il faudrait que ce soit comme ça dans toutes les écoles du monde ? oui
Est-ce que c’est élitiste ? Désolée, mais oui…
Et voilà, désolée, mais j’arrive au point fachant.
On est dans les beaux quartiers de Montréal, ce n’est pas une école de quartier donc tout le monde peut y prétendre en faisant une lettre de motivation.
Donc oui, on est bien d’accord que l’école est ouverte à tous, mais qui est le public lettré qui entoure l’école ? Est-ce qu’une personne précaire avec enfant peut entendre parler de l’école ?
Par qui ? Est-ce même sa première source de préoccupation ? Est-ce qu’une personne précaire peut réussir à accompagner son enfant dans tous les projets qui demandent de l’investissement à la maison… ?
Bon voilà, je ne vais pas mentir, dans ma classe j’avais des fils et filles d’avocats réputés au Quebec et de médecins. Et c’est tant mieux.
Mais je pense toutefois, qu’il devrait y avoir plus de mixité au sein de l’école.
C’est la seule chose vraiment dommage, c’est que tous les enfants devraient pouvoir bénéficier d’une école tournée sur le monde avec de belles valeurs, d’une école avec assez de moyens pour permettre à tous les enfants de réaliser de beaux projets et d’être stimulés.
Mais ce n’est pas comme ça.
D’ailleurs, au Quebec, le lycée (secondaire) se fait beaucoup dans le privé. Les parents inscrivent donc leurs enfants en école internationale, parce qu’ils savent qu’avoir fait sa scolarité acec le programme IB est un énorme plus pour être sélectionnée en écoles privées.
Est-ce que malgré tout j’avais des élèves en difficulté dans ma classe ?
Oui, évidemment.
J’avais des élèves en difficulté, mais aussi des élèves avec des troubles : 2 élèves TDAH, 1 élève TSA et 1 élève avec trouble du langage.
J’ai donc tout de même fait face à l’hétérogénéité d’une classe, comme chaque année scolaire.
Et finalement, les langues dans l’école internationale :
Dernier point, parce que oui, on étudie les langues dans l’école internationale, un peu plus que dans une école classique. En effet, les élèves bénéficient d’une heure en plus d’anglais par semaine (avec un spécialiste en anglais, comme dans toutes les écoles du Quebec), et ils ont 1h d’espagnol à partir de la 5eme année.
Désolée, c’était vraiment très long, mais peut-être que cet article pourra servir à certains.
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