Enseigner au Quebec ,Vraiment l'ELDORADO ?

Vous le savez, ça fait 1 an maintenant que j’enseigne au Quebec et même si j’ai tendance à dire beaucoup de positif sur l’enseignement et ma vie ici, il y a bien évidemment aussi du négatif.
L’herbe n’est pas toujours plus verte ailleurs, comme on aurait tendance à le penser.
Personnellement, je pense qu’il faut trouver le système dans lequel on se sent bien.
D’ailleurs, de nombreux enseignants ont expérimenté l’enseignement au Quebec durant 1 an et sont repartis en France, tout comme de nombreux PE ont décidé de s’installer ici ou tout simplement de prolonger l’aventure, comme moi pour le moment.
Tout dépend vraiment ce que chacun recherche.
Alors c’est parti pour un article un peu moins positif que d’habitude où je vais petit à petit répondre à la question : enseigner au Quebec, est-ce vraiment l’El Dorado?
Conditions d’enseignement :
Tout d’abord, malgré le fait que les conditions soient excellentes avec un très bon cadre de travail, bienveillant et serein, il faut s’attendre à ce que l’école soit clairement gérée comme une entreprise, ce n’est pas forcément un point négatif, mais ça peut déboussoler un peu et ne pas forcement plaire à tout le monde. En effet, on est tous les employés d’un centre de service.
Au départ, c’est tout de même étrange d’avoir une comptable, une secrétaire dans son école, d’avoir des jours de congés maladies payés et des jours d’affaires personnelles payés aussi, de voir que tu es payée à la minute et non au taux horaire.
Temps de travail/ Vacances/ Salaires :
En réalité, c’est un peu mythe de dire qu’on gagne mieux sa vie qu’en France, car c’est le cas, oui les salaires sont plus hauts, mais ils sont justifiés par rapport au fait qu’on travaille beaucoup plus.
On travaille 32h semaine en présentiel, 5 jours semaines et bien sûr à côté, il y a aussi les préparations maison, les corrections etc… enfin je n’invente rien, vous connaissez.
Il faut donc compter des semaines de 40-45h, jusque là on peut se dire : "oui enfin bon, elle est mignonne, mais ça ressemble quand même pas mal au rythme français", SAUF QUE..
et là c’est le drame, il n’y a pas du tout autant de vacances qu’en France.
L’école commence fin août, il y a 2 semaines à noël, 1 semaine en mars et puis 2 mois d’été, comme en France pour le coup.
Mais ça veut dire que dans ton année scolaire de fin août à fin juin, tu as en tout et pour tout 3 semaines de repos. Les gens du privé (hors école) pourront se moquer, mais nous on sait que pour travailler avec les enfants au quotidien, c’est peu.
Il faut donc clairement apprendre à s’économiser, à lâcher prise, prendre beaucoup de recul et même parfois ne pas toucher à son travail du week end avant le dimanche 21h00, voir pas du tout. Il est vrai que cette année, ma créativité a pris un coup. Très souvent, j’allais au plus simple tout en proposant des choses très sympas à mes élèves au moins une fois par semaine, mais je ne sortais pas du chapeau des supers nouvelles activités tout le temps que j’avais passé 4h à préparer, plastifier, découper le dimanche. Non le week end, c’était objectif déconnexion, objectif repos pour survivre aux semaines qui s'enchainent les unes après les autres. Moi qui en France redoutait la période de avril à juillet qui est souvent de 10 semaines, là j'ai enchainé des périodes de 15 semaines en me disant "Mais comment font-ils ? mais je comprends leurs stories où les enseignants disent se coucher à 21h30 !"
Bon update : j'ai survécu avec 6-7h de sommeil dans les pattes parce que je sais vraiment pas me coucher à 21h30, ni à 22h00 d'ailleurs.
Il faut donc aussi apprendre à déculpabiliser quand t’es au bout du bout et que tu poses ton lundi ou ton vendredi pour avoir un week end de 3 jours. Ça n'empêche qu'il faut laisser une programmation entière à ton remplaçant pour la journée, donc souvent quand tu veux prendre ton vendredi, le jeudi t'es dans ta classe jusqu'à 18h30 en train de tout préparer. Bref, je n’avais jamais fait ça avant et je m’en suis beaucoup voulu les premières fois, puis franchement au final quel bonheur d’être au SPA en train de relaxer et d’avoir pu dormir 3 matins de suite, je vous jure qu’après ça on est une meilleure prof parce qu’on est détendu et surtout REPOSEE !
Horaires (ou horreurs au choix) du matin :
Ah ben tiens, parlons-en aussi !
J’ai eu la chance cette année d’être dans une école où les cours commençaient à 8h38 précise, mais dans la plupart des écoles, les cours commencent vers 7h35, ce qui veut dire qu’il faut être très matinal. (ce qui n'est absolument pas mon cas, à part quand je dois me lever pour faire une activité trop cool).
Ça aussi je pense que tout le monde n’est pas capable de le supporter, enfin si j'exagère, mais en tout cas de bien le vivre. Certains adorent, parce que du coup, si pas de correction, la journée se termine à 15h00 et c’est vrai que c’est agréable, mais pour moi, ça s’apparente plutôt à de la torture que d’entendre ton réveil hurler à 5h30/ 5h45. Comme des envies de le jeter dans le Saint Laurent.
Equivalence des diplômes / considération :
Bon et voilà, on arrive aussi à cette partie qui est sans doute, au final, la plus fâcheuse.
Comment est-on perçu en tant qu’enseignant français au Quebec ?
La réponse est qu’on est très bien accueilli par la plupart des gens : centre de service, douaniers, parents d’élèves et autres collègues. Sur ce point là, rien à dire !
Par contre, au niveau des équivalences, des diplômes etc, on se heurte à un GROS soucis.
Les personnes qui ont fait une licence Sciences de l’Education suivie d’un master MEEF ne sont pas reconnues comme enseignant légalement qualifié au Quebec. En effet, si le master MEEF est reconnu comme un diplôme en éducation, la licence Sciences de l’Education ne correspond à rien ici et on nous indique qu’ils nous manquent donc 90 crédits ou plus pour être reconnu comme qualifié. Il faut donc passer des cours divers, qui sont coûteux et surtout qui demandent pas mal de temps et d’énergie. (cours du soir, examen).
Personnellement, je n’ai pas encore commencé et je ne les passerai que si je suis certaine de vouloir rester ici durablement. Pas franchement envie de me remettre dans les études…
Vous l’aurez compris, Licence SDE et master MEEF, c’est mon parcours. Je n’ai donc ici, après 4 ans d’enseignement en France, 1 an au Quebec, que le statut de enseignante non légalement qualifiée au grand drame de mes collègues qui sont horrifiés de voir comment les choses fonctionnent et les bâtons dans les roues qu’on nous met alors qu’on est venu nous chercher de l’autre côté de l’océan.
Bref, OUTCH, l’égo en prend un coup non ?
Oui bon l’égo c’est bien joli, mais en vrai qu’est-ce que ça change ? Ça change qu’ici, pour le moment, je ne peux être que remplaçante congés longs. Je suis donc assurée d’avoir un poste chaque année, car il y a vraiment de la demande, j’ai le même salaire que les autres enseignants, j’ai le droit à la même assurance collective (mutuelle), mais je n’ai pas le droit d’avoir un poste fixe.
Puis, je dois aussi choisir mes remplacements après tout le monde…
En bref, c’est correct pour 2-3 ans, mais on ne va pas continuer ainsi 10 ans.
Si vous cherchez donc une stabilité ici, restez dans votre classe fixe en France.
Sachant que même les enseignants qualifiés ont du mal à avoir un poste fixe au début. Car ici, même si au niveau salarial on prend en compte votre ancienneté en France, pour les postes et les histoires de bassin (mouvement en France), on prend en compte votre ancienneté dans la commission scolaire. Si vous venez d’arriver, il va donc falloir s’armer d’un peu de patience.
GrèveS
Une autre de mes surprises de cette année, c’est qu’ici les grèves ou les actions de protestation
sont décidées avec les syndicats et les enseignants par des votes consultatifs. Si le vote en faveur de la grève est à plus de 50%, tu ne peux pas aller travailler, enfin tu peux, mais tu ne seras pas payée, puis certainement empêché par les piquets de grève devant l’école…
Cette année ,les enseignants étaient en négociations et ils ont menacé de faire une grève illimitée si le gouvernement n’écoutait pas leurs requêtes. Suite aux votes consultatifs, à l’initiative des syndicats, les enseignants québécois ont statué à plus de 85% en faveur d’une grève illimitée en avril et si les choses ne changeaient pas, la grève aurait commencé le 31 mai de manière illimitée jusqu’à ce que le gouvernement plie.
J’étais donc ravie d’apprendre que j’allais devoir faire une grève illimitée, parce que 85% des enseignants avaient voté en cette faveur, alors que moi non. Je me voyais déjà sans salaire pendant tout le mois de juin. Très sympa. Bon fort heureusement, le Quebec ce n’est pas la France. Nous n’avons pas été jusqu’à la grève illimitée de 2 mois comme les cheminots en 2019. Non, juste après le vote de la grève illimitée, le gouvernement a quasi tout de suite proposé une offre (refusée), puis une 2eme jusqu'à ce que les 2 parties tombent d’accord.
Ouf, sauvée, pas de grève et une augmentation des salaires à la clé à partir de 2022.
Mais encore :
Au delà de ces faits là qui sont de l’ordre du professionnel, il y a eu aussi des points noirs sur le côté expatrié. En effet, il n’est pas toujours simple d’être dans un pays loin de sa famille, ses amis et ses repères du quotidien. Je verrai si je fais un article sur le coup de blues de l’expatrié, mais en vrai j’en ai déjà tellement d’autres à écrire que pfiou, on verra ça plus tard non ?
Globalement, cette année, j’ai ressenti et vécu des choses que je n’avais pas forcément déjà connu, ni ressenti avant, du super positif comme tout l’inverse. Même si dans l'ensemble, vous le savez, j'ai passé une année magnifique sur le plan professionnel et personnel.
Conclusion :
Je dirai pour conclure, que comme pour toutes expériences, il faut toujours tenter par soi même, expérimenter, voir, découvrir avant de se faire un avis sur la question.
Si c’est votre rêve, lancez vous, au mieux ce sera génial, au pire ce sera décevant et ce sera l’occasion de construire de nouveaux projets.
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